Penser la ville autrement : entretien avec Alain Amédro (1/3)

Publié le par les élus Verts

Au cours d’un entretien en trois volets, Alain Amédro fait le point sur les questions d’urbanisme : les problématiques et les enjeux à l’échelle régionale et de la ville, la gestion concertée et participative de cette question et enfin, ses propositions pour une ville plus respectueuse de l’environnement et de l’humain, où les habitants seraient acteurs de son évolution.


Quels sont les enjeux de la question de l’urbanisme à l’échelle de la Région et de notre ville ?

Sur le sujet de l’urbanisme, nous avons trois crises à résoudre ensemble et de façon coordonnée : la crise écologique, la crise du logement et la crise démocratique.

Nous devons réduire notre empreinte écologique notamment en arrêtant l’étalement urbain, c’est à dire l’installation de nouveaux lotissements sur les terres agricoles, en limitant autant que possible les déplacements producteurs de gaz à effet de serre, en construisant ou en rénovant avec l’objectif de limiter les besoins énergétiques, ce qui permet tout à la fois d’agir pour notre environnement et de limiter les charges des habitants qu’ils soient propriétaires ou locataires.

En quoi connaissons-nous une crise du logement ?

Cette crise touche toutes les catégories sociales. Elle est généralisée et massive. Il nous faut répondre au besoin de décohabitation de nombreux jeunes, aux demandes de logements adaptés aux personnes à mobilité réduite et notamment nos anciens, à tous ceux qui aujourd’hui sont mal logés ou pas logés. Cette crise est source de drame et de précarité de vie, insupportable pour ceux qui le vivent.

C’est une priorité que notre ville doit porter avec une orientation politique claire : faire des habitations de qualité avec un urbanisme doux qui prenne en compte les aspects paysagers, patrimoniaux et démocratiques. Un urbanisme qui intègre la question des équipements supplémentaires et en particulier des écoles.

Comment devons-nous répondre à ces trois enjeux ?

C’est d’abord ensemble et non les uns contre les autres, afin de construire la ville de demain. C’est bien la question de la gestion démocratique de notre ville qui est posée : comment co-élaborer la ville de demain ? Comment faire des habitants les acteurs de l’évolution de leur ville ?

Construire où et comment ?

Je crois qu’il faut construire autour de la gare, près des commerces, des services et des espaces verts. De façon générale, des immeubles de petite taille, de bonne qualité architecturale et s’inscrivant bien dans le tissu dans lequel ils seront construits.

C’est pourquoi, j’ai engagé un cahier de recommandations architecturales et paysagères mais aussi la mise en place de nouvelles protections de notre patrimoine architectural et paysager. Il a fallu 20 mois pour lancer l’étude.

Je propose aussi de limiter les zones d’habitat collectif autour de la place Leclerc, en revenant à une zone pavillonnaire afin de limiter le mitage urbain en cours.

Nous pouvons construire Place de la gare au dessus de ED par exemple, sur le boulevard de Strasbourg par des habitations s’intégrant aux bâtiments déjà existants. Sur le parking Dumont, nous pourrions envisager l’installation d’un restaurant, d’une médiathèque (idée avancée par des habitants du quartier) et de logements. C’est en alliant les besoins de services, de loisirs avec des constructions remarquables et exemplaires que nous répondrons aux attentes, tout en valorisant le quartier. La ville possède déjà des terrains près du centre administratif rue Félix Faure notamment. Construisons sur ces terrains.

 

Le fait de s’attaquer aux promoteurs n’est-ce pas un peu simpliste ? Ne profitent-ils pas tout simplement d’un règlement d’urbanisme ?

La précédente municipalité a une lourde responsabilité. Ils ont ouvert de nouvelles zones à construire et ne se sont pas dotés des gardes fous nécessaires. Les promoteurs sont ainsi passés aux travaux pratiques depuis deux ans. Quant aux bâtiments qui sortent aujourd’hui, les permis de construire ou de démolir ont été signés par la municipalité UMP.

En juillet 2008, dans une note adressée au maire, j’écrivais : «Se protéger de l’avidité des promoteurs privés. Trouver les moyens de se prémunir et avec tous les aulnaysiens, propriétaires comme locataires, contre les pratiques particulièrement agressives des promoteurs.»

J’ai fait mon travail d’alerte en interne à la majorité comme en témoigne cette note du 28  juillet 2008, mais aussi publiquement en conseil municipal. Aujourd’hui, le magazine Oxygène fait sa une sur cette question : mieux vaut tard que jamais !

Je crois qu’il faut s’attaquer aux méthodes de certains promoteurs avec détermination. Les pressions psychologiques sont inadmissibles, mais en rester là serait démagogique. Il faut dire ce que nous voulons faire. Les périmètres d’étude sont de bons outils pour peu que nous nous fixions des objectifs clairs.

Est-ce qu’au moins les nouvelles constructions, dont les permis de construire ont été signés par le maire actuel, vont répondre aux enjeux sociaux et environnementaux ?

Il faut que nos actes rejoignent notre discours. Aujourd’hui, aucun logement dans le centre ne sera consacré aux aulnaysiens ayant de faibles revenus. Nous ne sommes pas sortis des logements de standing, construits ces dernières années sous la Droite. Que ce soit rue du 14 juillet ou rue Coullemont. Quant aux qualités environnementales des constructions, elles sont réduites au minimum réglementaire et seront périmées lors de leur livraison !

La ville est-elle exemplaire quand elle se fait promoteur comme à Arc en Ciel ou à Balagny, par l’intermédiaire de l’OPH dont le maire est le Président ?

Hélas non, je devrais dire trois fois non ! Je prendrai trois aspects qualitatifs : respect de l’environnement et notamment de sa qualité paysagère, le processus démocratique et l’intégration d’objectifs exigeants en matière énergétique.

Cité Arc en Ciel : non respect de l’environnement avec l’abattage d’arbres dont l’état est correct, aucune écoute ni prise en compte des attentes des riverains, bâtiments ne prenant pas en compte les normes les plus favorables aux économies d’énergies. A Gonesse, I3F livre cette année des immeubles à  49kwh/m²/an, les bâtiments prévus à Aulnay-sous-Bois sont à 80 kwh/m²/an mais livrés dans deux ans. Nous avons déjà deux trains de retard. Je vous invite à relire nos propositions sur le blog des élus verts.

A Balagny, le seul espace boisé avec des arbres remarquables est voué à disparaître alors qu’une solution alternative existe… Cela laisse sans voix, sans explication devant cette absence de capacité à intégrer des idées alternatives au projet de base.

En résumé, quand le maire se fait promoteur, il n’intègre ni les remarques et propositions concrètes de ses adjoints et notamment écologistes, ni les demandes et propositions de la population.

Quelles ont été les réactions à vos propositions ?

Très positives de la part de la population. Sur Arc en Ciel, des aulnaysiens m’ont dit «nous étions contre tout logement, votre proposition nous a fait réfléchir et nous sommes d’accord avec votre proposition de compromis.» Nous sommes donc dans une situation où le maire peut à la fois répondre aux besoins de logements, répondre positivement aux craintes des habitants, respecter l’environnement… Décision idéale mais qui ne trouve pas pour le moment d’issue favorable, au contraire…

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